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Le nouvel impérialisme américain : faut-il s’en plaindre ?

  • Photo du rédacteur: Henry de Lesquen
    Henry de Lesquen
  • il y a 15 heures
  • 15 min de lecture

1. La capture de Maduro, exploit fabuleux

Le 3 janvier 2026, les forces américaines se sont emparées du président vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse dans leur domicile à Caracas, capitale du Vénézuéla. L’opération n’a duré que quelques heures, pendant la nuit du 2 au 3 janvier. Aucun mort du côté américain. À cet exploit fabuleux, on ne trouve, en cherchant bien qu’un précédent, qui visait au contraire à libérer et non à capturer, c’est l’intervention en 1943 du capitaine des SS Otto Skorzeny qui a délivré le Duce Benito Mussolini. Certes, on peut évoquer aussi la liquidation d’Oussama Ben Laden, chef d’Al Qaida, celle d’Abou Bakr al Bagdhadi, « calife » de l’État islamique, alias Daech, ou encore l’assassinat de Soleymani, chef de la force Al Qods des Gardiens de la révolution iranienne, mais ces exécutions ciblées ne présentaient pas du tout la même difficulté que l’enlèvement d’un chef d’État dans sa capitale.

Maduro était un criminel poursuivi par la justice américaine pour trafic de drogue. C’était un ennemi des États-Unis qui encourageait l’immigration-invasion vers ce pays. C’était un marxiste qui avait ruiné son pays en l’étatisant, dans la lignée d’Hugo Chávez. C’était un usurpateur qui, s’appuyant sur l’armée, avait truqué les élections pour ne pas laisser le pouvoir à l’opposition. On comprend que Jean-Luc Melenchón se soit indigné, mais les honnêtes gens devraient au contraire féliciter le président américain de cette action exemplaire.

On peut quand même s’interroger sur la suite. Dans la conférence de presse qu’il a faite quelques heures après la capture de Maduro, le président Trump a déclaré que le Vénézuéla allait être gouverné par les hommes qui étaient derrière lui, à savoir des ministres et le chef d’état-major de l’armée. C’était sans doute un effet de manche, de la forfanterie à destination du public américain en vue des élections de mi-mandat, les midterms, car on ne voit pas comment cela pourrait concrètement s’effectuer sans présence de troupes au sol. Si nous étions vénézuélien, nous serions même indigné que Trump n’ait pas cherché à donner le pouvoir à l’opposition au lieu de s’entendre avec la clique de Maduro, qui est restée en place pour le malheur des Vénézuéliens. Il l’a fait, sans doute par calcul cynique, pensant qu’il obtiendrait davantage de docilité au profit des intérêts américains de la part d’un gouvernement illégitime qu’avec les hommes de l’opposition, plus soucieux de l’intérêt national.

Outre le Vénézuéla, le président Trump a ordonné quatre autres bombardements depuis sa prise de fonctions le 20 janvier 2025 : contre les installations nucléaires de l’Iran, contre les Houthis du Yémen, qui avaient eu le mauvais goût d’envoyer des missiles sur Israël et sur des bateaux dans la mer Rouge, enfin sur des formations djihadistes liées à l’État islamique en Somalie et au Nigéria. Jusqu’à présent, il a évité soigneusement d’occuper un pays en envoyant des troupes au sol, tirant la leçon de la calamiteuse expérience de son pays au Vietnam, en Afghanistan et en Irak.

Donald Trump se pose aussi en faiseur de paix et, bien qu’on puisse trouver passablement ridicule le désir qu’il affiche de recevoir le prix Nobel de la paix, il est vrai qu’il a fait beaucoup dans ce domaine en un minimum de temps. Il se vante non sans raison d’avoir mis fin à huit guerres en un an : Congo et Rwanda, Éthiopie et Égypte, Serbie et Kossovo, Israël et Iran, Israël et Gaza, Arménie et Azerbaïdjan, Inde et Pakistan, Cambodge et Thaïlande. On peut chipoter dans le détail, parce que le feu couve encore sous la braise entre Congo et Rwanda, ou entre Thaïlande et Cambodge, que la guerre n’avait pas encore éclaté entre Serbie et Kossovo, ou encre que son rôle réel dans la fin de la guerre entre Inde et Pakistan est discuté, il n’empêche que le bilan est impressionnant. Quand le nouvel impérialisme américain selon Donald Trump met fin à des guerres et à leur cortège de morts et de blessés, qui pourrait ne pas s’en féliciter ? Il est vrai que, jusqu’à présent, Trump a échoué à faire la paix entre la Russie et l’Ukraine, alors qu’il avait juré pendant la campagne électorale qu’il réglerait la question en vingt-quatre heures, mais cela n’ôte rien à son accomplissement de faiseur de paix, qui est réellement impressionnant.


2. Impérialisme sémantique, synecdoque géographique

C’est une remarque évidente que pourtant on ne fait jamais : les États-Unis d’Amérique, United States of America, sont le seul pays au monde qui n’ait pas de nom propre. Chacun des cinquante États membres de la fédération en a un, du Connecticut à la Californie, de l’Illinois à la Floride, mais non la fédération elle-même. Le Mexique et le Brésil sont eux aussi des fédérations et donc des « États-Unis d’Amérique ». Cela montre qu’à l’origine les États-Unis n’étaient pas encore une nation, mais nul ne peut nier qu’ils le sont devenus et que ses citoyens sont nombreux à porter haut et fort l’amour de la patrie. Make America great again! en français, rendez sa grandeur à l’Amérique ! ont proclamé par millions les militants et les électeurs qui ont porté Donald Trump à la présidence. Ainsi, puisqu’il lui fallait un nom propre, le pays a annexé celui du continent et s’identifie à l’Amérique tout entière comme si les autres pays du continent ne comptaient pas. La synecdoque, figure qui consiste à désigner le tout par la partie ou, à l’inverse, la partie par le tout, est fort courante dans le vocabulaire de la géographie. En français, l’Allemagne tire son nom des Alamans, qui n’étaient qu’une branche de la famille germanique, celle que le Franc Clovis, autre Germain, a défaite à Tolbiac. L’Inde tire pour nous son nom de la province du Sind, qui est voisine de l’Iran, nom que les Iraniens, puis après eux les Grecs, les Romains et plus tard les Français, ont étendu à tout le sous-continent. La synecdoque inverse est plus rare, mais elle paraît toute naturelle aux États-Uniens, qui sont donc les Américains, Americans en anglais.

Lorsque le président Trump a débaptisé le golfe du Mexique pour en faire le golfe de l’Amérique, ce n’était pour l’offrir à tout le continent, mais bien pour opérer une appropriation sémantique. Les États-Unis avaient déjà annexé la moitié du Mexique, ils pouvaient bien ajouter cette dernière, aussi virtuelle qu’innocente.

L’Amérique, qu’on se le dise, ce ne doit être plus que le pays de Donald Trump. De fait, la stratégie nationale de sécurité publiée le 5 décembre 2025 parle de l’hémisphère occidental (Western Hemisphere) et non plus du continent américain. On ne sait pas comment les « Américains » vont désigner l’Amérique latine…


3. La volonté de conquérir Greenland, Terre-Verte

Lorsque le Norvégien Erik le Rouge a découvert le Groenland, peu avant l’an mil, il lui a donné ce nom, qui signifie Terre-Verte en norvégien parce qu’il faisait alors nettement plus chaud qu’aujourd’hui, où il est davantage une terre blanche… Traduit en anglais, langue germanique qui a des similitudes avec le norvégien, le pays est dit Greenland. Puisque l’on dit par exemple Terre-Neuve pour Newfoundland, on se demande pourquoi on ne dit pas Terre-Verte en français au lieu de garder bêtement le nom norvégien, Groenland.

Notons au passage que Terre-Verte ridiculise la fable du GIEC, l’homme qui réchauffe la planète par ses infernales émanations de CO2, puisque celles-ci n’étaient pas bien développées en l’an mil. Notons aussi que les historiens qualifient cette période chaude d’optimum médiéval, parce que les conditions étaient alors bien plus favorables à l’homme que celles qu’il a connues pendant le petit âge glaciaire qui a suivi et qui ne s’est achevé que vers 1850. Donc, si le réchauffement climatique plutôt faible que nous avons connu depuis lors devait se poursuivre, quelle qu’en fût la cause, il faudrait s’en féliciter au lieu d’annoncer stupidement la fin du monde en feignant de croire que la planète va se transformer en grille-pain !

Toujours est-il que le président Trump a repris avec force la revendication déjà ancienne de son pays d’annexer le Groenland. Dans leur histoire, les États-Unis ont déjà conquis par la force la moitié du Mexique, sans oublier Porto-Rico pris aux Espagnols. Ils ont acheté la Louisiane à la France, territoire qui faisait plus de trois millions de kilomètres carrés et dont l’État de Louisiane ne représente qu’une petite partie, la Floride à l’Espagne et l’Alaska à la Russie. On comprend qu’ils veuillent maintenant acheter le Groenland au Danemark. Les raisons stratégiques invoquées par Trump sont probablement surestimées, mais il y a un motif géopolitique inavouée. Encadré entre l’Alaska et le Groenland, l’immense Canada, peu peuplé, serait en quelque sorte cerné et les États-Unis pourraient envisager son démantèlement et le rattachement de ses provinces comme autant de nouveaux États, à commencer par l’Alberta, où il y a un puissant courant sécessionniste.

Le Danemark n’a aucun intérêt à garder le Groenland, qui lui coûte cher, et ne peut même pas invoquer la tradition puisqu’Erik le Rouge était norvégien et non danois. Si nous étions danois, nous voudrions vendre le Groenland pour un trillion de dollars (mille milliards)…

Quoi qu’il en soit, le sort du Groenland importe peu à la France et pas davantage à l’Allemagne ou au Royaume-Uni. Le président Macron s’est ridiculisé, et malheureusement nous a ridiculisés par la même occasion, en envoyant là-bas des soldats français, comme si nous voulions et nous pouvions résister par la force à la conquête du Groenland par les États-Unis, dans l’hypothèse où ceux-ci auraient décider d’employer la force militaire.

L’impérialisme américain, quand il s’applique au Groenland, ne nous fait aucun tort.


4. L’essence impérialiste des États-Unis

L’Amérique, puisqu’il faut l’appeler par ce nom, est impérialiste par essence au moins depuis la doctrine Monroe de 1823, qui entendait interdire aux puissances européennes de revenir dans leurs anciennes colonies du continent américain. À l’origine, cependant, il s’agissait seulement d’aider le cas échéant les autre pays du contient à se défendre. Le président Theodore Roosevelt a apporté un important correctif au début du XXe siècle en assurant que son pays disposerait désormais d’un gros bâton, big stick, pour rappeler à l’ordre les autres pays du continent et pour les ramener si nécessaire dans le droit chemin, surtout s’ils portaient atteinte aux intérêts des compagnies américaines comme United Fruit. De fait, on a compté depuis lors pas moins de soixante-dix interventions militaires états-uniennes en Amérique centrale, récemment à Panama et à la Grenade. Trump a apporté un nouveau corollaire à la doctrine Monroe, à laquelle il se réfère expressément, en légitimant l’intervention américaine dans le reste du monde pourvu qu’elle soit dans l’intérêt de la paix ou pour préserver les intérêts américains.

Mais il faut remonter plus haut dans le temps. Les colons venus d’Angleterre ou d’Écosse ont conquis d’immenses territoires en chassant devant eux les sauvages qui les occupaient, parfois en les massacrant, et ont fini par les cantonner dans des réserves où ces malheureux noient leur chagrin dans l’alcool. Plus tard, devenus indépendants, les États-Unis ont fait la guerre au Mexique, dont ils ont confisqué la moitié du territoire. Après la seconde guerre mondiale, le monde a été coupé en deux et les États-Unis ont placé tout l’Occident sous leur coupe, situation qui a perduré après l’effondrement de l’URSS et jusque aujourd’hui, malgré les velléités d’indépendance des Européens. Le monde avait été bipolaire, il serait devenu unipolaire si la Russie, la Chine et l’Inde n’avaient pas refusé la domination américaine, notamment en se regroupant au sein des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud).

Le président Trump est certainement fidèle à la notion de « destinée manifeste » qui depuis le XIXe siècle est censée caractériser son pays. Il aurait pour mission d’éclairer le monde comme le fait la statue de la liberté. La grosse différence, c’est que Trump a répudié la politique dite de construction nationale (nation building) inventée par les néoconservateurs et qui visait à exporter le modèle de démocratie américaine partout dans le monde.


5. Les deux formes d’impérialisme

L’impérialisme a aujourd’hui mauvaise presse et le mot ne semble comporter que des connotations négatives qui déclenchent des réflexes conditionnés d’indignation, sans doute sous l’influence des idées marxistes, qui faisaient de l’impérialisme un produit fatal du capitalisme à la recherche de débouchés pour ses productions. Thèse absurde qui relève de la basse propagande puisque l’impérialisme existe au moins depuis Cyrus le Grand, fondateur de l’empire achéménide, et puisque l’impérialisme marxiste de Staline et Mao ne devait rien au capitalisme. Or, si l’impérialisme est par définition la volonté d’établir ou d’étendre un empire, il faut souligner que sous ce mot on désigne deux réalités bien différentes, l’empire unitaire et l’empire colonial, étant observé qu’entre ces deux types purs il a bien des intermédiaires. L’empire unitaire s’est réalisé sous une forme chimiquement pure dans l’empire romain quand tous les hommes libres sont devenus citoyens romains par l’édit de Caracalla. Il avait trouvé la philosophie qui lui convenait dans le cosmopolitisme des stoïciens, lesquels se voulaient « citoyens du monde ». Donc, territoire continu et volonté d’effacer les particularités des peuples soumis à l’imperium, bien que le réalisme politique ait conduit les Romains à s’accommoder des usages locaux. L’empire colonial est d’une autre nature. Il relève lui aussi de l’esprit de conquête, mais il consiste à soumettre des peuples inférieurs situés au-delà des mers en leur apportant la civilisation dans l’intérêt réciproque des colonisateurs et des colonisés. On se souvient du discours de Jules Ferry à la chambre des députés, affirmant que « les races supérieures ont le droit et le devoir de civiliser les races inférieures ». De fait, comme l’a montré Auguste Lorrain dans son excellent articles sur les bienfaits de la colonisation française, les populations colonisées par la France ont tiré le plus grand avantage de celle-ci. Devenus indépendants, ces pays ne nous ont guère été reconnaissants, au contraire, puisque, par exemple, l’Algérie, qui nous doit tout, à commencer par son existence même, a adopté une loi pour criminaliser la colonisation française. Oignez vilain, il vous poindra.

L’impérialisme américain, avant Trump comme avec lui, est du type colonial, bien qu’il ait évité d’annexer des territoires ultra-marins, mais c’est bien un impérialisme dans la mesure où les États-Unis ont la volonté d’imposer un protectorat de fait et exigent la soumission des autres pays, en usant de divers procédés qui ne sont pas tous militaires comme l’extra-territorialité de la loi américaine ou les sanctions économiques infligées aux pays récalcitrants.

Donc, l’impérialisme n’est pas condamnable en soi. Il l’est quand l’empire est unitaire, car il est alors porté par l’idéologie cosmopolite qui est intrinsèquement perverse et qui a vocation à s’étendre partout, mais l’empire romain a disparu et les empires ont été depuis plutôt du deuxième type. Donc, l’impérialisme américain n’est pas condamnable en soi, il ne l’est que lorsqu’il nuit à nos intérêts. Nous, Français, nous n’avons donc rien à objecter à la capture de Maduro ou aux diverses interventions militaires américaines accomplies depuis un an que Trump est en fonction. En revanche, nous ne devons pas accepter plus longtemps de subir la tutelle américaine qui a transformé les pays membres de l’OTAN en satellites des Américains.

Il y a encore une raison majeure de ne pas condamner par principe, mais au contraire d’avoir un préjugé favorable envers le nouvel impérialisme selon Trump, c’est qu’il accroît l’influence dans le monde de la contre-révolution anticosmopolite qu’il a engagée dans son pays et qui est de nature à sauver l’Occident tout entier de la décadence et de la mort, pourvu qu’elle ne soit pas un feu de paille et qu’elle se poursuive après 2028 à l’issue du second mandant de Donald Trump.


6. Le prétendu droit international, carcan de la souveraineté, instrument du mondialisme

Le président Donald Trump a déclaré qu’il se souciait fort peu du droit international. Il n’a pas tort, car le droit international n’existe pas. En effet, il n’y a pas de droit sans État et il n’y a pas fort heureusement d’État mondial, et il n’y en aura jamais, n’en déplaise aux cosmopolites, qui en rêvent et qui s’emploient à tous les niveau à favoriser l’extension de ce qu’ils appellent la gouvernance mondiale. Ce qui existe bel et bien, en revanche, c’est un corpus normatif issu des traités dits internationaux, soit directement, soit indirectement par la production normative des organisations internationales, comme le « droit dérivé » de l’Union européenne, corpus auxquels les États théoriquement indépendants se soumettent en l’incorporant à leur droit national, acceptant ainsi de limiter toujours davantage l’exercice de leur souveraineté. Le prétendu « droit international » est donc en réalité un droit national qui a cette particularité de prendre sa source dans les traités internationaux. Il constitue de ce fait un impérialisme d’un autre type qui ne relève pas d’un État et qui est une forme déguisée de l’empire unitaire que nous évoquions ci-dessus.

(On nous pardonnera d’adopter par commodité le vocabulaire établi en qualifiant abusivement d’international ce qui est bien plutôt interétatique. En effet, il s’en faut de beaucoup que tous les États soient nationaux. En Europe, la Belgique peut difficilement être qualifiée de nation et il en va de même de la plupart des États d’Afrique noire.)

Pacta sunt servanda, c’est entendu, il faut respecter les traités et il est aussi nécessaire que légitime que les États indépendants tissent entre eux un réseau de relations en concluant des traités. Mais il y a plusieurs tempéraments essentiels qu’il faut apporter au principe de la force obligatoire des traités pour les parties qui les ont conclus. Le premier, c’est qu’un pays indépendant, pas plus qu’un homme libre, ne peut être réduit en esclavage. Il s’ensuit que tout traité peut être dénoncé unilatéralement par un État qui l’a ratifié, en vertu de sa souveraineté, qui n’admet par définition aucune autorité supérieure. Il faut même préciser que cette dénonciation n’est pas subordonnée au règles qui sont inscrites à cet égard dans le traité et que l’État peut s’affranchir de celles-ci, s’il le juge nécessaire. Deuxième tempérament : l’État partie au traité peut décider souverainement d’en limiter la portée et l’application, sans le dénoncer pour autant, soit qu’il juge son interprétation abusive, soit que certaines de ses conséquences lui paraissent inacceptables. C’est spécialement vrai du droit dérivé produit par les organisations dites internationales créées par un traité. C’est ainsi que la France, sans attendre qu’elle ait quitté l’Union européenne, devrait refuser de s’aligner sur une bonne partie de la réglementation qui en émane et même refuser carrément de la respecter. Que l’on songe, par exemple, aux contraintes désastreuses imposées à notre industrie automobile, que l’on veut sacrifier sur l’autel de la superstition climatique, de l’arnaque dont parle l’excellent Donald Trump, en lui interdisant de fabriquer des voitures à essence après 2035. Troisième tempérament : la loi nationale doit être supérieure aux traités passés antérieurement à celle-ci en sorte que les tribunaux perdent ce pouvoir exorbitant de juger contra legem, contre la loi, en invoquant les traités. Quatrième tempérament : il faut faire la distinction entre deux catégories de traités. Les vrais traités créent des obligations pour l’État qui l’a conclu envers les autres parties, et en général ce sont des obligations réciproques. Mais il y a eu en outre depuis le début du XXe siècle une foule de pseudo-traités en vertu desquels chacune des partie se donne des obligations à elle-même qui n’emporte aucune conséquence pour les autres. C’est le cas notamment de multiples conventions sur les droits de l’homme, les libertés individuelles, la non-discrimination ou la lutte contre le racisme. On devrait se contenter à cet égard de simples résolutions sans valeur normative, encore que celles-ci elles-mêmes seraient d’un intérêt douteux et qu’elles participeraient fâcheusement de la volonté d’imposer à tous les États une idéologie commune, tendanciellement cosmopolite.

La France, donc, pour sa part, doit s’affranchir de la fiction du droit international pour affirmer sa souveraineté à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières. Il faut avoir le courage de rompre avec une puissante tradition juridico-philosophique qui remonte au jus gentium ou « droit des gens », autrement dit des nations, de l’antiquité romaine, en passant par l’école de Salamanque, suivie par Grotius et Pufendorf. Cette tradition est poursuivie par d’innombrables universitaires de haut rang et de grand prestige, qui ont produit un immense corpus doctrinal, lequel est porté comme un dogme par les organisations internationales et les ONG, organisations non gouvernementales qui gravitent autour de celles-ci. Il faut avoir l’audace de leur jeter à la figure : « Le droit international dont vous vous gargarisez et qui vous fait vivre n’existe pas ! » Il faut savoir rompre avec une tradition lorsqu’elle est mauvaise.

Pour cela, il faut réformer la constitution française et en particulier l’article 55. Il établit actuellement la supériorité des traités sur les lois, ce qui est inadmissible. Il faut lui faire dire exactement le contraire : la loi l’emporte sur un traité ratifié antérieurement à celle-ci. On pourrait ajouter que les traités déclaratifs (les pseudo-traités), qui ne créent pas d’obligation envers les autres parties ne peuvent être invoqués par celles-ci à quelque titre que ce soit pour faire acte d’ingérence dans les affaires intérieures de notre pays.


7. Rendre sa grandeur à la France

La nation française, qui a mille ans d’histoire, est un grand pays qui doit prendre conscience de son passé pour se projeter dans l’avenir et restaurer sa grandeur. Elle ne pourra y parvenir qu’en se débarrassant du carcan du prétendu droit international, comme nous l’avons vu, mais aussi en choisissant d’être vraiment et pleinement indépendante. Notre pays doit quitter purement et simplement l’alliance atlantique et non seulement son organisation militaire, ce dont s’était contenté le général de Gaulle. Il faut dire qu’à l’époque la menace du communisme et de l’empire soviétique était une terrible réalité et que l’on pouvait penser que, le cas échéant, nous pourrions être aidés et même sauvés par les Américains, comme pendant la première ou la seconde guerre mondiale. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Puisque l’OTAN avait été créée pendant la guerre froide pour faire pièce à l’URSS, elle aurait dû disparaître après l’effondrement de celle-ci et la dissolution du Pacte de Varsovie. Or, à l’inverse, l’Alliance atlantique s’est étendue vers l’est en intégrant les anciens pays satellites, ce qui démontre sa véritable nature : elle a pour objet d’assujettir les nations européennes aux États-Unis d’Amérique en en faisant de quasi-protectorats. Nous ne pouvons pas accepter cette situation humiliante pour notre pays.

On voudrait nous faire accroire que la Russie menacerait l’Europe et donc la France, depuis l’invasion de l’Ukraine du 24 février 2022. En réalité, il n’y a que les trois pays baltes qui soient, en raison notamment le leur position géographique, susceptibles d’être un jour envahis par la Russie. Celle-ci pourrait prendre comme prétexte la protection des importantes minorités russes qui sont dans ces pays. Mais la Russie n’a certainement aucune volonté d’aller au-delà. Et nous n’avons aucunement à « défendre l’Europe ». Nous avons seulement à défendre la France, ainsi que, le cas échéant, d’autre pays avec qui nous conclurions une nouvelle alliance, indépendante des États-Unis.

Le nouvel impérialisme américain, tel que le conçoit le président Trump, ne nous fait nullement grief. Si la France doit cesser d’être l’alliée des États-Unis, elle ne doit pas pour autant rompre les liens d’amitié qui unissent nos deux pays depuis toujours.

 
 
 

1 commentaire


Invité
il y a 10 heures

La convocation du president tcheque Hacha par Hitler etait-elle aussi un acte fabuleux?

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