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  • Photo du rédacteurHenry de Lesquen

Aux origines de la nouvelle jacquerie

Aux origines de la nouvelle jacquerie

Producteurs et assistés, les paysans sont à la fois

victimes et responsables de leurs malheurs

 

On ne peut être insensible aux malheurs des paysans français. Ils sont accablés par les normes et les réglementations multiples imposées par l’Union européenne et l’État français, qui les persécutent en application des délires pseudo-scientifiques des écologistes sur le climat, la « biodiversité », la pollution… Les forces d’opposition avaient donc toutes les raisons de soutenir la nouvelle jacquerie qui a traversé l’Europe en janvier 2024, d’autant qu’elles préparaient les élections européennes du 9 juin prochain.

En principe, cependant, on ne saurait approuver, pas plus pour les paysans que pour les Gilets jaunes, le blocage des routes. C’est une action illégale qui prend en otage de malheureux citoyens, qui n’en peuvent mais, empêchés de se déplacer. On veut bien fermer les yeux un certain temps sur ces débordements, mais il ne faudrait pas que les paysans exagèrent !

Surtout, faisons litière ici de la politique politicienne, car nous avons toujours le même devoir de vérité. Or, force est de reconnaître que les agriculteurs ne sont plus seulement, et cela depuis longtemps, des producteurs, mais qu’ils sont aussi des assistés, gavés de subventions et de privilèges fiscaux en tout genre. On se demande bien pourquoi, par exemple, ils payent leur carburant moins cher que les autres Français. Cette rupture d’égalité est illégitime. Il faudrait baisser les taxes pour tout le monde et non seulement pour eux. Ils n’ont d’ailleurs consenti à lever les blocages qu’après avoir obtenu que le gouvernement vidât à leur profit les poches des contribuables français à hauteur de 400 millions d’euros supplémentaires…

 

Pis encore, le corporatisme agricole porté par la FNSEA, les Jeunes agriculteurs, la Confédération paysanne et la Coordination rurale, qui est de fait soutenu par une large majorité desdits agriculteurs, est largement responsable du désastre agricole infligé à la France. Notre pays dispose d’un terroir immense et fertile, d’un climat varié selon les régions et propice à toutes sortes de cultures et d’élevages, mais il se trouve maintenant derrière l’Allemagne dans ce domaine, alors que celle-ci est loin d’avoir les mêmes ressources naturelles.

Il est de fait que les paysans sont en grande partie responsables de leurs malheurs. Ils ont été les avocats de la calamiteuse « construction européenne ». Ils ont étranglé le droit de propriété. Ils ont été et ils sont des adversaires irréductibles de la liberté du commerce et de l’industrie.

 

1. Les paysans ont longtemps été les plus ardents avocats de l’Europe et ils ont donc une bonne part de responsabilité dans la « construction européenne », qui a fini par se retourner contre eux. Justice immanente. Lorsque le général de Gaulle a fait la politique de la chaise vide à Bruxelles, lors des premières années de la Communauté économique européenne, qui n’était pas encore l’Union européenne, c’était pour obliger les Allemands à accepter la mise en œuvre de la politique agricole commune. Celle-ci a déversé des milliards de francs, puis d’euros, sur les paysans français, qui sont devenus de plus en plus des assistés plutôt que des producteurs. Ils se plaignent de devoir consacrer une bonne partie de leur temps à remplir des formulaires administratifs, mais c’est la conséquence inévitable de ce statut d’assistés qu’ils ont acquis en faisant pression sur le pouvoir politique. Si nous subissons l’Union européenne, c’est en grande partie aux agriculteurs que nous le devons.

 

2. Plus étrange en apparence, il faut reconnaître que les paysans ont été de longue date des adversaires du droit de propriété. Cela a commencé avec le statut du fermage mis en place par le régime de Vichy, qui a été pérennisé à la Libération comme beaucoup d’autres réformes effectuées par celui-ci et qui n’a cessé de croître et d’embellir. Ce statut d’esprit socialiste porte atteinte au droit de propriété puisqu’il empêche le propriétaire de faire partir le fermier à l’expiration du bail et qu’il encadre le montant du fermage.

La corporation a aussi obtenu la création des SAFER (sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural), qui exercent un droit de préemption sur la vente des terres et imposent des prix qui ne sont pas ceux du marché en spoliant les propriétaires.

La profession agricole s’est longtemps aussi opposée au « cumul » des terres, c’est-à-dire à l’agrandissement des exploitations, ce qui était à l’évidence le refus du progrès. En 1963, sept cents agriculteurs ont fait le siège de la ferme de Jean Gabin, accusé d’être un « cumulard ». Une douzaine d’entre eux sont entrés de force chez lui et l’ont obligé, sous la menace, à signer la promesse de louer une partie de ses terres. La logique économique s’est cependant imposée puisque les agriculteurs, qui formaient 30% de la population active en 1960, n’étaient plus que 2% en 2023. Cela signifie, en gros, que la taille moyenne des exploitations est aujourd’hui 10 à 15 fois supérieure à ce qu’elle était en 1960. On ne peut que s’en féliciter.

 

3. Les paysans sont les ennemis déclarés de la liberté du commerce et de l’industrie. Par les lois EGalim successives de 2018, 2021 et 2023, qu’ils doivent à la bienveillance socialiste du président Macron, les prix de vente des produits agricoles sont censés « refléter les prix de revient ». C’est un raisonnement dont un élève de première année de licence ès sciences économiques a compris la stupidité et l’aberration. Ces prix sont fixés dans une usine à gaz technocratique à l’issue d’une négociation entre les syndicats agricoles, les industriels de l’agro-alimentaire et les distributeurs, sous la houlette de l’État. À l’arrivée, ce sont les consommateurs qui subissent les effets délétères de cette démagogie anti-libérale.

 

Le corporatisme est à courte vue. Il ne va pas seulement contre l’intérêt général de la nation, il se tourne tôt ou tard contre les membres de la corporation eux-mêmes, parce qu’il stérilise les forces productives. Nous admettrons quand même que les paysans soient hostiles au libre-échange et donc au projet de traité avec le Mercosur. En effet, un certain protectionnisme est utile et nécessaire, comme l’a démontré jadis Frédéric List, qui distinguait à juste titre la théorie des valeurs échangeables de celle des forces productives. De plus, l’indépendance alimentaire est un objectif stratégique de la sécurité nationale. Pour le reste, la solution au marasme agricole est à trouver dans le libéralisme : respect du droit de propriété et de la liberté des échanges.

 

Henry de Lesquen

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