Les différences raciales dans la criminalité
- Pierre de Tiremont

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Aux origines du crime et de la délinquance
Le grand psychologue Richard Lynn (1939-2023) est l’auteur des Différences raciales dans la personnalité psychopathique. La psychopathie, que l’on nomme parfois personnalité antisociale, se caractérise par l’absence de remords, d’empathie et d’anxiété, mais aussi par le mensonge pathologique, l’égocentrisme, la prise de risque et un charme superficiel. La psychopathie est l’expression extrême de l’ensemble de ces traits. Si cela est bien connu, Lynn a consacré son travail aux différences raciales dans la psychopathie, qui sont bien moins étudiées. Il a précisément pris la plume après avoir constaté les insuffisances des analyses de Charles Murray et Richard Herrnstein dans La Courbe en cloche. Avec ce livre, les deux auteurs montrent qu’une corrélation négative existe entre le QI et la criminalité[1], et croient y voir une certaine causalité. Murray et Herrnstein pensent qu’un haut QI a un effet protecteur chez les individus susceptibles de commettre des crimes. Plus l’intelligence serait haute et plus les chances de commettre un acte illégal diminueraient. Ce seraient donc les différences raciales dans l’intelligence qui expliqueraient, au moins en partie, les différences raciales dans la criminalité. Les noirs, notamment, commettent plus de crimes que les blancs. À cet égard, Lee Ellis présente un tableau édifiant dans son Guide des corrélats du crime. Il y répertorie plus de 90 études sur les différences raciales dans la criminalité violente et toutes pointent vers la même chose : les noirs sont plus violents que les blancs.
Il existe peut-être un effet de l’intelligence sur la criminalité, mais la nature de cette causalité n’est pas claire et probablement surestimée. Premièrement, les statistiques n’incluent pas le chiffre noir de la criminalité. Or, il y a fort à parier que les criminels les plus intelligents soient les plus habiles à dissimuler leurs crimes, qui ne sont pas recensés comme tels. De plus, toutes ces corrélations supposent implicitement que l’auteur du crime est identifié. Or, derechef, les plus intelligents ont le plus de chances d’échapper aux investigations. Enfin, la criminalité violente est en bonne partie la criminalité du crétin. Un gredin intelligent s’adonnera aux escroqueries plutôt qu’aux agressions.
En tout cas, et c’est le point de départ de l’analyse de Lynn, il ne faut pas se contenter d’analyser l’intelligence pour comprendre les différences raciales dans la criminalité. Murray et Herrnstein notent eux-mêmes qu’il y a bien d’autres traits de caractère qui peuvent pousser au crime, mais ce n’est pas l’objet de leur analyse. Ils font cependant une remarque intéressante : le lien entre le statut socio-économique et la criminalité se réduit considérablement si l’on intègre le QI dans l’analyse. L’Institut pour la justice a aussi montré que le lien entre pauvreté et criminalité n’était qu’une simple corrélation et que la causalité se trouvait ailleurs. Pour cela, il suffit de comparer dans le temps et dans l’espace l’évolution de la pauvreté et de la criminalité : la corrélation s’évanouit alors. La causalité se trouve en effet dans les criminels eux-mêmes, précisément dans leur personnalité antisociale. Le schéma suivant résume le problème.

Race et psychopathie
Les données de Lynn sur les différences raciales sont cliniques, issues d’analyses menées par des psychiatres. Elles viennent aussi d’études qui portent sur des comportements associés à la personnalité psychopathique : violence, pratiques sexuelles à risque, enfants négligés ou maltraités, etc. Quel que soit le pays dans lequel les données sont recueillies, le schéma reste le même : les congoïdes présentent une personnalité plus psychopathique que les caucasoïdes, et les mongoloïdes le sont plus ou moins que les caucasoïdes — cela dépend des populations étudiées. Bien sûr, il s’agit là de moyennes. L’on est susceptible de trouver bien des variations au sein de chaque race.
Est-ce génétique ? D’abord, Lynn passe en revue les données des études de jumeaux, qui montrent une héritabilité substantielle de la psychopathie. Il note que les traits précis associés à la personnalité psychopathique, comme la tendance à ne pas ou faiblement ressentir l’anxiété, sont fortement héritables et distribués inégalement entre les races.
D’autres études de grande envergure, dites d’association pangénomique, permettent d’établir des corrélations entre des variants génétiques et des phénotypes, comme la taille, la densité osseuse, l’intelligence ou des traits complexes comme le niveau d’instruction. Pour la criminalité ou la personnalité antisociale, des études existent, mais leurs résultats, d’une grande importance, sont difficilement accessibles. Les instituts de génomique sont en effet réticents à l’idée de partager les données qui portent sur de tels sujets.
Nous avons tout de même des données moléculaires très intéressantes. Par exemple, le gène MAOA, dont le nom vient de l’enzyme monoamine oxydase A, joue un rôle important dans la dégradation de certains neurotransmetteurs. Il régule la capture de la sérotonine, de la dopamine ou encore de la noradrénaline. Autrement dit, il joue un rôle essentiel dans nos humeurs. Mais nous ne portons pas tous la même version de ce gène. Ceux qui possèdent la version MAOA-L, c’est-à-dire à peu près 40% de la population occidentale, ont un gène un peu moins actif, qui dégrade moins lesdites hormones. En cas de stimulation émotionnelle, l’amygdale est alors un peu plus active, tandis que les parties du cortex préfrontal liées à la régulation des humeurs, elles, le sont moins. Une version encore moins active du gène, plus susceptible de nourrir la personnalité psychopathique, a été analysée aux États-Unis : 5,2% des noirs la possédaient contre 0,1% des blancs. Chez les noirs qui possédaient cette variante, les traits psychopathiques étaient plus marqués, tout comme la probabilité de commettre des actes violents ou d’être emprisonné.
Le gène MAOA n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Il existe par exemple le gène DRD4, qui permet la réception de la dopamine et dont certains variants semblent liés à des comportements antisociaux, mais aussi à la recherche de nouveauté. C’est probablement la raison pour laquelle les peuples qui ont le plus migré sont aussi ceux qui ont la plus haute prévalence de la variante associée à la recherche de la nouveauté et de l’aventure et que les peuples les plus sédentaires ne portent pas ou quasiment pas cet allèle dit 7R. Deux anthropologues, Henry Harpending et Gregory Cochran, ont fait une remarque intéressante : “Ce n’est probablement pas un hasard si les ethnographies les plus connues du XXe siècle sont intitulées Des gens sans méchanceté [écrite par Elizabeth Marshall Thomas] qui porte sur les !Kung, qui n’ont pas ou peu d’allèles 7R, et Peuple féroce, qui porte sur les Yanomami, dont la fréquence d’allèle 7R est élevée”. Peuple féroce a été écrit par Napoléon Chagnon. C’est une monographie connue qui montre à quel point la violence est au cœur de la société yanomamie. Il est amusant de constater que chez les Américains, la présence de cet allèle est associée à un plus grand nombre de partenaires sexuels, mais aussi à une augmentation de 50% du risque d’être infidèle.

L’évolution de la psychopathie
Dans son livre, Lynn glose sur l’origine des différences raciales dans la personnalité psychopathique. Il y voit quatre causes, toutes liées aux hivers froids. Ceux-ci auraient favorisé le développement d’une personnalité moins psychopathique et plus sociale chez les caucasoïdes et les mongoloïdes d’Asie du nord-est.
Les hivers froids ont favorisé un attachement durable entre les hommes et les femmes. Cette dépendance mutuelle permet des unions stables, nécessaires à l’apport régulier de nourriture d’origine animale pour la famille.
Le climat saisonnier exige de la planification. Il faut donc savoir faire preuve d’autodiscipline et de prévoyance.
La chasse au grand gibier, devenue essentielle, demande coopération, harmonie et réduction de l’agressivité entre les hommes.
Le succès de cette coopération masculine entre les hommes est permis par une réduction de la tromperie et de l’adultère, qui nuisent à l’entente des hommes.
Lynn note que les hivers froids ont aussi sélectionné l’intelligence. C’est pour cela qu’on trouve une corrélation négative, au niveau racial, entre l’intelligence et la psychopathie. Ainsi, les australoïdes, note Lynn, ont le résultat le plus élevé dans son index de la personnalité psychopathique, mais ont également le QI le plus faible.
Cela n’implique pas que ces deux traits soient liés au niveau individuel. La diminution des traits antisociaux s’est faite par des changements hormonaux, tandis que l’augmentation de l’intelligence s’est faite par une augmentation de la taille du cerveau et des changements neurologiques. L’on peut donc trouver différentes combinaisons individuelles.
[1] Nous entendons la criminalité au sens large, ce qui comprend la délinquance. Nous nous intéresserons plus particulièrement aux crimes et aux délits violents.
Références
Richard Lynn, Race Differences in Psychopathic Personality: An Evolutionary Analysis [Les différences raciales dans la personnalité psychopathique : analyse évolutionnaire], Washington Summit Publishers (2019).
Richard J. Herrnstein, Charles Murray, The Bell Curve: Intelligence and Class Structure in American Life [La courbe en cloche : intelligence et structure de classe dans la vie américaine], Free Press (1994).
Laurent Lemasson, “La pauvreté est-elle la cause de la délinquance ?”, Notes & synthèses, Institut pour la justice (2017).
Henry Harpending, Gregory Cochran, “In our genes” [Dans nos gènes], PNAS, 2002.
Lee Ellis, Handbook of Crime Correlates [Guide des corrélats du crime], Academic Press, 2019.





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