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Qui sont les Blancs ?, ou les élucubrations de Julien Rochedy

  • Photo du rédacteur: Pierre de Tiremont
    Pierre de Tiremont
  • il y a 17 heures
  • 10 min de lecture

Qui sont les Blancs ?[1], le dernier livre de Julien Rochedy, est un désastre de confusion et de rhétorique contre-productive. Primo, il échoue à définir de manière convenable et cohérente le domaine qu'il prétend étudier. Il réduit principalement les blancs aux Occidentaux, qu’il confond avec les Européens.[2] Parfois, l'auteur inclut dans cet ensemble une bonne partie des habitants du sous-continent indien, de la Russie et de l'Égypte antique, ainsi que les Juifs, achkénazes ou séfarades. Il ne sait visiblement pas ce qu’est une ethnie, qu’il confond, au choix, avec la race ou avec la civilisation.[3] Secundo, contrairement à ce que Rochedy prétend, il ne répond pas non plus aux aberrations contenues dans le dernier livre d’Hervé Le Bras, Il n’y a pas de race blanche.[4] Pis, il leur donne du crédit ! Tertio, Qui sont les Blancs? se termine aussi mal qu’il n’a commencé : charge ignoble contre la nation, baratin judéoservile qui donne la nausée et galimatias philosophique qui fait la part belle aux pires idées de la gauche.


Gènes et culture

Julien Rochedy a le bon goût de commencer par rappeler le lien étroit et inextricable qui existe entre le fonds génétique d’un peuple et la culture qu’il transmet. Il ne cite cependant personne, même parmi les plus grands : ni Gustave Le Bon et l’âme des peuples ni Cyril Darlington et l’histoire bioculturelle des civilisations ni Luigi Luca Cavalli-Sforza ou Edward Wilson et l’influence réciproque de l’évolution de la culture, d’une part, et de celle du fonds génétique, d’autre part. C’est regrettable. Ces lectures auraient peut-être pu faire prendre conscience à l’auteur de l’importance de la question qu’il traite. En effet, il affirme avec désinvolture ne pas être dérangé par l’hypothèse selon laquelle le climat n’a joué aucun rôle dans la formation de l’âme et du caractère des peuples occidentaux en l’inscrivant dans leur fonds génétique (p. 48). “Peu importe”, “pourquoi pas”, écrit-il (p. 49). La question lui semble secondaire, alors qu’au contraire, il est fondamental de comprendre que l’évolution a façonné les races, les peuples comme les individus : c’est ce que nie la gauche pour saper leur identité.


Hivers froids

Nous sommes ravi que Julien Rochedy cite Richard Lynn et Philippe Rushton. Ces auteurs ont étudié les différences raciales sous les angles anatomique, physiologique et psychologique. Ils ont finement analysé les différences intellectuelles et comportementales entre les races ainsi que le rôle du climat dans leur évolution.

Mais le leitmotiv de l’ouvrage laisse perplexe : les hivers froids expliqueraient toutes les spécificités psychologiques des Occidentaux. Bien sûr, nous ne doutons pas de l’importance du climat. Alfred Wallace, qui a découvert la sélection naturelle, parlait des races robustes, prévoyantes et sociales créées par les climats froids et tempérés.[5] Arthur Schopenhauer pensait que la nécessité était la mère de l’inventivité et que les tribus ayant migré au nord, alors face au besoin et à la misère, avaient développé là-bas toute leur puissance intellectuelle et ainsi atteint les plus hauts degrés de la civilisation. Mais si le sens très particulier qu’ont les Occidentaux de la morale, de la culpabilité ou de l’individu vient du froid, alors qu’en est-il des mongoloïdes d’Extrême-Orient ou des Esquimaux ? Pourquoi le froid n’a-t-il pas eu les mêmes effets sur tous les peuples d’Eurasie ? Si le génie occidental est un legs de l’ère glaciaire, pourquoi les jaunes sont-ils si peu géniaux ?[6]


Rochedy contre la nation

Pour Julien Rochedy, il existe une civilisation européenne, incarnée par les “Blancs”, les “Européens” ou les “Occidentaux”. Il a cependant tendance à bouder le terme d’Occidental, qu’il trouve plus “cosmopolite” que celui d’Européen. Mais il préfère encore à ces deux termes celui de Blanc, qui serait encore moins cosmopolite (p. 58). La réflexion est étrange. Reconnaître l’existence de la civilisation occidentale n’implique nullement de se soumettre à l’impérialisme américain. Rochedy confond deux domaines différents : la politique et la culture. Par exemple, on peut soutenir que la France doit s’allier à la Russie contre l’Amérique sans nier que celle-ci soit occidentale et sans prétendre que celle-là le soit.

Quant à la civilisation européenne, elle n’existe pas. Il y a une civilisation occidentale qui ne comprend pas toute l’Europe et qui s’étale bien au delà de celle-ci en Amérique et en Océanie. Dans “Les dix raisons du mythe européen”, Henry de Lesquen écrit : “En Europe, l’Occident s’arrête à l’est à la frontière des alphabets, frontière qui est aussi celle des religions : christianisme romain à l’ouest, christianisme byzantin à l’est (étant précisé que le roumain s’écrivait en caractères cyrilliques jusqu’au XIXe siècle, que l’albanais ne s’écrivait pratiquement pas avant le XXe siècle et alors selon les alphabets grec, cyrillique ou arabe, ou encore selon des alphabets particuliers forgés pour cette langue, l’alphabet latin n’étant utilisé que par la minorité catholique).”[7]

On comprend cependant ce désir de parler de civilisation européenne de la part de Rochedy quand on arrive aux chapitres sur le nationalisme. Qualifié de “folie collective” (p. 265) et de “bêtise” (p. 268), le nationalisme n’est pas porté dans le cœur de l’auteur. Nous aurions dû nous en douter : Alexandre le Grand trône seul sur la couverture de l’ouvrage. Mais Rochedy sait-il que l’empire d’Alexandre était en Asie, Grèce mise à part ?

Rappelons que la nation est une communauté de destin historique fondée sur les liens du sang et constituée autour d’une ethnie prépondérante sur un territoire continu. La nation française est née au XIe siècle à l’issue d’un synécisme celto-romano-germanique autour de l’ethnie française sur le territoire du royaume capétien. Celtes, Romains et Germains ont fait la France. Gaulois ou Celtes, les termes étaient équivalents. Les Francs, qui ont donné leur nom à notre pays, étaient des Germains, au même titre que les Burgondes, qui ont donné leur nom à la Bourgogne, ou que les Wisigoths, qui ont longtemps tenu le Sud-Ouest de la France actuelle avant de se replier en Espagne. L’ethnie française, de langue d’oïl, forme ancienne du français, a achevé de se constituer au Xe siècle.

Mais l’ouvrage de Rochedy a pour but de nous convaincre que l’ethnogenèse européenne a eu lieu (p. 25, p. 97), ce que “seule une impardonnable mauvaise foi pourrait vouloir nier” (p.310). On se demande si Julien Rochedy sait ce qu’est une ethnie ou s’il cherche à s’hypnotiser lui-même. Voilà l’objet de son délire : rejet du nationalisme, fantasme d’une ethnie européenne, mise en avant de l’empire. Rochedy se trouve à la lisière du cosmopolitisme et condamne implicitement la nation, sans avoir l’honnêteté de le dire franchement.  On ne s’étonnera donc pas que la PND, prétendue nouvelle droite, fasse la promotion de ses élucubrations.


Race blanche

En toute rigueur, il ne faut parler que de civilisation occidentale puisque la civilisation européenne est un mythe. Il faut aussi rappeler l’évidence : il y a une ethnie française, comme il y a une ethnie allemande ou espagnole, mais il n’y a pas d’ethnie blanche, européenne ou occidentale. Il y a une race blanche, qui est la race caucasoïde, qui ne se confond ni avec les Européens ni avec les Occidentaux ni avec les Indo-Européens. On voit par ailleurs à quel point l’acception du blanc qu’a Rochedy est bancale quand lui-même en change régulièrement la définition. Il lui arrive de prendre blanc pour synonyme de caucasoïde quand il évoque des Égyptiens antiques qui seraient “blancs” mais non indo-européens (p. 62). Il qualifie plus loin les Indiens “d’autres blancs” (p. 76) parce qu’ils sont indo-européens.

Cela laisse d’autant plus songeur que le livre de Rochedy se voudrait une réponse à celui du démographe Hervé Le Bras, Il n’y a pas de race blanche.[8] Dans ce livre, Le Bras attaque la la taxinomie raciale, depuis Linné jusqu'aux anthropologues du XXe siècle, avec la plus grande mauvaise foi. Son argument est que les anthropologues n’ont pas toujours été d’accord sur le nombre de races et que leurs réflexions ont pu être accompagnées de divagations préscientifiques. Mais au lieu d’attaquer Le Bras sur le fond, Rochedy s’accorde avec lui pour dire que “la litanie des théories racistes qui ont fleuri en Occident depuis deux siècles” est “ridicule”, “invraisemblable” et que “personne ne le conteste” (p. 26). Est-ce par candaulisme ou incompétence qu’il est incapable de rétorquer que les anthropologues ont toujours su cerner les races humaines, c’est-à-dire les sous-espèces de l’espèce humaine ? Évidemment, la génétique a confirmé ce que l’anthropologie physique avait toujours rapporté.

Notons que Le Bras va très loin dans le lyssenkisme. Il cite Gould, bien sûr complaisamment, à propos de l’affaire Morton. Samuel Morton (1799-1851) était un grand naturaliste américain qui possédait une importante collection de crânes humains. Gould a prétendu que Morton manquait de rigueur quand il mesurait le volume crânien des noirs et s’arrangeait, plus ou moins consciemment, pour faire en sorte qu’il soit moins important que celui des blancs. Or, il s’est avéré, après des vérifications faites dans les années 1980 et 2010, que Morton n’avait pas triché ; et qu’à l’inverse Gould avait lui-même manipulé les données pour entacher l’image de Morton.

Nous le voyons, il y a matière pour enterrer Le Bras, mais Rochedy préfère dénoncer avec lui les “théories racistes” (sic). Après avoir lu cela, il devient difficile de prendre au sérieux la défense de l’existence des races par Rochedy.


Judéoservilité

Julien Rochedy affirme à raison que l’idée d’une civilisation judéo-chrétienne n’a pas de sens (p. 296). Il a aussi le chic de proposer plusieurs pages sur les racines indo-européennes du christianisme (p. 78 à 85) et il propose également une réflexion intéressante sur les aspects eugéniques du christianisme (p. 150). Sur ce point, il ne cite personne, mais nous pensons qu’il a lu l’anthropologue québécois Peter Frost.[9]

Pourtant, si la civilisation judéo-chrétienne n’existe pas, Rochedy estime que le désir de civilisation judéo-chrétienne a du “sens”. Il y aurait une “consubstantialité identitaire entre Juifs et Blancs” (p. 295). Deux millénaires ensemble (p. 291). La paire de lunettes nietzschéennes qu’il avait enlevée en abordant la question chrétienne est remise pour saluer “la fusion entre militaires prussiens et marchands juifs que Nietzsche appelait de ses vœux” et qui se réaliserait dans “l’empire américain-occidental” (p. 295). “Les juifs sont des Blancs” (p. 297). L’expulsion quasi systématique des Juifs des nations européennes au moyen âge ne le questionne pas. Si le chapitre s’était terminé par “Vive Éric Zemmour !”, nous n’aurions pas été surpris. Et pourtant, même chez Zemmour, l’absence d’assimilation est flagrante : communautaire, il ne se mélange pas aux Français de sang  et pratique une religion qui l’exclut de la communauté nationale.

Julien Rochedy va jusqu’à dire que les Juifs ne participent pas seulement à la civilisation occidentale, mais qu’ils participent de celle-ci (p. 295). Il arrive dans le même temps à dire qu’ils feraient preuve d’ambivalence, de distance et d’irresponsabilité (sic) à l'égard des Occidentaux (p. 295). Il note même que la religion de la Choah, qu’il nomme religion antifasciste (p. 286), et dont les Juifs sont les “prêtres”, domine la morale des Occidentaux. Rochedy reste pourtant convaincu que les Juifs font corps avec les Occidentaux, notamment parce qu’ils votent de plus en plus à droite. Mais il le note lui-même : ils le font pour des raisons “sécuritaires” et “communautaires liées à Israël” (p. 290). À ce propos, le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, a récemment déclaré qu’il lisait le dernier livre de l’historien Barry Strauss, Les Juifs contre Rome. Il a commenté : “Nous avons perdu [cette première bataille contre Rome], mais nous devons gagner la prochaine.” Ici, Rome symbolise évidemment l’Occident. On a vu mieux comme “consubstantialité”.


Élucubrations philosophiques

La fin de l’ouvrage nous laisse pantois. “La philosophie de l’homme blanc” serait un “mélange d’existentialisme et de constructivisme” (p. 297) dont les “partisans les plus zélés [...] sont les progressistes”. Selon Julien Rochedy, c’est donc la gauche qui incarne le mieux la philosophie de l’Occident ! Celle-ci traverserait les âges, “du stoïcisme antique aux morales modernes de l’autonomie”. Elle serait “combattue intellectuellement par le revers de la médaille d’un même constructivisme appliqué à la société : l'idée que la société ou l'économie nous déterminerait entièrement et serait donc la vraie responsable.” (p. 300). Rochedy ne semble pas voir qu’il met le doigt sur la tension interne à la gauche. La gauche, c’est-à-dire l’expression idéologique de l’utopie égalitaire, est écartelée entre deux pôles antagonistes : le collectivisme et le cosmopolitisme. Le premier veut absorber les individus dans la collectivité tandis que le deuxième veut détruire les frontières afin d’effacer les identités individuelles et collectives. Dans la “Dissertation sur le cosmopolitisme”, Henry de Lesquen écrit : “Les idées cosmopolites sont toujours restées prégnantes dans la pensée philosophique, sous l’aura du stoïcisme, autant du moins que le christianisme, religion de l’Incarnation, n’a pas tenue celle-ci en tutelle. Depuis la ‘Renaissance’ le virus du cosmopolitisme imprègne la philosophie occidentale, qui est infectée par l’hybris de la raison, coupée de la tradition, de la religion et de la révélation, et par là-même des postulats légitimes qui découlent de celles-ci.”[10] Rochedy semble même en avoir l’intuition, puisqu’il affirme que “la gnose entre en conflit total avec les instincts religieux des Blancs” (p. 182). Et, comme le rappelle Henry de Lesquen, “la gnose, née sous l’influence du zoroastrisme, mais détachée de celui-ci, a été l’aiguillon d’un courant philosophique qui a entretenu une aspiration récurrente au cosmopolitisme.”[11] Mais pour bien le comprendre, il faut faire la distinction essentielle entre universalisme (affirmation de valeurs communes à partir d'un certain degré d'abstraction) et cosmopolitisme (négation des valeurs), que Julien Rochedy ne fait pas.


Qui est Julien Rochedy ?

Julien Rochedy est français. La France est une nation d'origine indo-européenne, de race caucasoïde, de culture celtique, romaine, hellénique et germanique, et de religion chrétienne. Julien Rochedy est donc d’ethnie française et de civilisation occidentale. C’est avant tout de l’avenir de son pays et de son peuple qu’il devrait se soucier. Or, dans son épilogue, pas grand cas n’est fait de la France. Sa critique du nationalisme, qui voile mal son rejet de la nation, sa désinvolture sur les questions de l’évolution et de la race, sa judéoservilité maladive, sa complaisance suspecte pour les idées philosophiques de la gauche font de lui un personnage odieux. Comme sa suffisance n’a d’égale que son insuffisance, il aurait pu s’exclamer, en se prenant pour son héros Alexandre qui trône sur la couverture : “Si je n’étais pas Rochedy, je voudrais être Diogène”.


Pierre de Tiremont


[1] Julien Rochedy, Qui sont les Blancs ? Généalogie d’une identité interdite, Éditions Hétairie, 2025.

[2]  Les blancs désignant une race, comme les jaunes ou les noirs ou les caucasoïdes, etc., c’est normalement la minuscule qui s’impose. C’est parce que Rochedy définit les "Blancs" comme une ethnie qu’il met une majuscule.

[3] La race est une catégorie biologique (dans l’acception restreinte actuelle), tandis que l’ethnie et la civilisation sont des catégories culturelles.

[4] Hervé Le Bras, Il n’y a pas de race blanche, Grasset, 2025. Le prix Lyssenko a été attribué en 1991 à Hervé Le Bras, démographe, pour ses analyses de l'immigration étrangère et de la

natalité française.

[5] C’est bien Wallace, et non Darwin comme on le croit en général, qui est l’inventeur de la sélection naturelle.

[6] Selon le politologue Charles Murray, 97 % des avancées scientifiques furent le fait des Occidentaux. Voir Human Accomplishment [L’Accomplissement humain], HarperCollins, Nouvelle York, 2003.

[7] Henry de Lesquen, “Les dix raisons du mythe européen”, lesquen.fr. Consulté le 10 décembre 2025.

[8] Hervé Le Bras, op. cit.

[9] Peter Frost, “How Christianity rebooted cognitive evolution” [Comment le christianisme a redémarré l’évolution cognitive], substack.com. Consulté le 10 décembre 2025. Frost écrit : “Le christianisme semble avoir involontairement relancé l’évolution cognitive, principalement en interdisant les pratiques sexuelles non procréatives et en limitant l’hypogamie chez les hommes de l’élite. L’importance reproductive des femmes de l’élite fut ainsi restaurée. En outre, la nouvelle foi a pu favoriser l’évolution cognitive en avantageant les individus les plus aptes à apprendre et à respecter des règles.”

[10] Henry de Lesquen, “Dissertation sur le cosmopolitisme”, lesquen.fr. Consulté le 10 décembre 2025.

[11 Ibidem.




 
 
 

1 commentaire


karim
il y a 13 heures

Joliement rédigé.

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